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Peut-on réussir sa carrière en tant que personne noire ?

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Je m’interroge sur la condition des femmes noires…

… en particulier quand, comme moi, elles sont noires et plasticiennes. Bref, peut-on réussir quand on est noire et plasticienne ? Peuvent-elles réussir dans notre pays, ou dans tout autre pays à dominante blanche/caucasienne ? Cette question intervient dans cette période de faits horribles d’actualités, mais pas uniquement. En effet, ayant été danseuse puis artiste de cirque, en plus de simple citoyenne française, née à Paris, ma carrière a toujours eu du mal à « décoller ». Est-ce un frein dû à ma négritude ou bien quelque chose de plus profond, un manque de confiance inspiré par ma couleur de peau ?

L’histoire de George Floyd ou Adama Traoré.

Je ne sais pas si les deux événements ont tant en commun que cela. L’un était Français, l’autre Américain. Tous deux étaient noirs. Tous deux sont morts. Après un « contact » avec la police. La mort d’Adama Traoré en revanche reste sans réponses claires, tandis que celle de George Floyd a été filmée, ne laissant aucun doute quant aux causes de son décès. Tous les noirs savent que leur couleur est une cause certaine de contrôle plus ou moins poussé de la police. J’en ai personnellement fait les frais.

Tout comme du racisme « ordinaire ». Même au sein de ma propre famille. Parce que j’ai été adoptée étant enfant, par une famille blanche (mes parents biologiques sont martiniquais), ce qui n’empêchaient pas certains propos très limites de s’inviter à table, en famille. Le quotidien quoi. Les effets sur moi, quant à ma couleur de peau, ont toujours eu des racines profondes, sur ma confiance en moi, sur ma condition de personnes. Celles-ci font qu’aujourd’hui, plus que jamais, je m’interroge.

peinture sur bois, Vert Garance

livre objet, Vert Garance

Livre textile, Vert Garance

La danse et le cirque.

Je n’ai pas véritablement percé dans la danse. Je me suis sabordée toute seule, comme une grande (consciemment ou inconsciemment), alors que j’étais au conservatoire de Paris. Pourtant, j’en avais bavé pour arriver-là. Mais les mauvaises fréquentations. Bref… Au cirque, ça a mieux marché, mais j’ai subi le racisme sous une forme plutôt étrange, notamment quand j’apprenais la technique de fildefériste. Un de mes professeurs voulait que je fasse une Joséphine Baker sur fil, avec ceinture de banane et tout le toutim. J’ai refusé, évidemment. Puis en auditionnant pour une école célèbre de cirque, en France, je suis persuadé d’avoir été évincé parce que je ne faisais pas « couleur locale ».

Ces refus et échecs ne m’ont pas empêché de créer mes spectacles et de vivre de mon art pendant des années. Aujourd’hui, je suis plasticienne relieuse, créatrice de carnets sensuels et ludiques. Et je m’interroge énormément sur les freins liés à ma couleur. En effet, très peu de gens de couleur percent dans le domaine de la création. Il suffit pour s’en convaincre de jeter un œil sur les réseaux sociaux ou les boutiques de créateurs. C’est blanc de chez blanc, plus blanc que si c’était lavé avec Omo !

Le regard que l’on nous porte et celui que nous nous portons nous-même.

Alors cela vient-il de moi et d’un « délire » de persécution ou du regard que les autres me portent ? Sans doute des deux. Être noire, c’est ne pas être prise au sérieux, encore moins quand on est une artiste. Être noire, c’est devoir se justifier, en permanence. Cela vaut évidemment aussi au masculin. Je pense aussi que quelque chose s’installe en nous dès l’enfance, un sentiment qui ne nous quitte jamais vraiment, qui peut s’intensifie lorsque nous subissons une fouille au corps tandis que la personne qui nous accompagne, une blanche, ne doit que tendre sa carte d’identité.

Pourtant, je suis fière de mes origines, de ma négritude. Je suis fière également d’être maman de trois enfants, métisses. Je me dis qu’eux auront sans doute la chance de ne pas subir, grâce à ce qui se passe actuellement, les mêmes sortes de contrôle au faciès. Surtout pas à cause d’un détail de pigmentation de leur peau. Ma couleur m’inspire des œuvres, des peintures, des « illustrations » dans mes carnets, tout un imaginaire également, sans pourtant remettre en cause ma capacité à faire de la reliure, aussi bien, peut-être mieux, que certains autres de couleur blanche. Pourtant, eux, se verront ouvrir plus de portes. C’est injuste, mais je continuerai mes créations parce qu’elles font partie de moi, qu’elles sont moi.

Alors, peut-on réussir quand on est une femme noire et plasticienne ? je n’en sais rien, mais je me battrais pour et, peut-être, réussirai-je moi aussi ?

Podcast sur le sujet : travail (en cours)

https://louiemedia.com/travail-en-cours/10-injonction-pedagogie

La genèse du livre objet :

visage incrusté, “Carnet Afrique”

Peinture sur toile, Vert Garance

negritude
matière de créativité

Retrouver le chemin de la créativité

J’ai décidé de remettre de la créativité dans ma vie.

Créer mon entreprise et gérer deux grossesses rapprochées, voilà qui demande une énergie folle et chronophage. Résultat : j’ai délaissé pendant un certain temps mes passions graphiques, mis de côté mes expérimentations autour de la matière et des couleurs, arrêté, presque totalement, mes écrits dans les carnets.Mais aujourd’hui, mon besoin vital de retrouver la peinture, les crayons, les tissus et autres matières se fait terriblement ressentir.

Au fond de moi-même, il y a cette petite voix qui me dit: “trouve du temps, trouve du temps”.

Alors c’est décidé, pour être sure de caser ce temps-là, deux jours dans la semaine seront uniquement consacrés à ma créativité, à mes recherches autour du dessin, de la peinture, de la broderie, du tissage.  Deux jours dans la semaine, même s’il n’y paraît pas, c’est énorme ! Il s’agit d’un temps que je retire sur celui de ma production de carnet. J’en suis bien consciente, mais, à vrai dire, ne faire que de la technique reliure, quotidiennement, me fait mourir à petit feu. je ne me retrouve plus totalement en tant qu’artiste, en tant que femme. Bref, je sens que j’étouffe…

Trouver le juste équilibre entre créativité et vie professionnelle

Mon métier demande un grand savoir-faire et beaucoup d’implication. Il est vrai que je pourrais alléger ce temps de confection de carnet, mais j’ai fait le choix (et le pari) de maitriser toutes les étapes de la création de carnet (travail du papier, de la reliure, des toiles de couvrances…) et de ses embellissements (teintures naturelles ou eco-print).

Je suis convaincue que ce temps de créativité m’est vital, car il me permettra, j’en suis persuadée, de retrouver de l’énergie qui elle-même me permettra d’être plus productive dans mon travail. N’est-ce pas important d’écouter et respecter ses besoins ? Vous arrive-t-il de vous perdre en taisant vos envies ?

En étant beaucoup trop dans le “je dois, il faut”… Plutôt que dans le “je suis, j’ai besoin de… “, j’ai la sensation de me perdre et d’égarer en chemin une partie de ce qui fait ma personnalité. Pour cette raison, j’ai donc décidé de m’octroyer, comme pour un rendez-vous avec moi-même, le mercredi et le samedi. Ainsi, je pourrais retrouver des mots, des couleurs, de la matière à transformer et surtout, du souffle et de l’inspiration.

Histoire à suivre…

Relire un de mes précédents articles : mon junk personnel

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